Retour aux années 80 : le come-back de la cassette?

Comme beaucoup de formats analogues, les cassettes semblent faire leur comeback. Cette mode est-elle pourtant surmédiatisée?

Vous vous souvenez de cet ancien appareil qu’on appelait Walkman ? Ce petit miracle de la technologie a permis à de nombreux gamins des années 80 de se balader musique en poche. On mettait une cassette, les écouteurs sur les oreilles et hop, en route pour l’école. Supplanté par l’arrivée des lecteurs CD, puis des MP3, le Walkman et sa cassette ont fini par sortir de nos vies avant même que nombre d’entre nous n’atteignent la puberté.

Comme la plupart des formats analogues, la cassette était prédestinée à revenir. Et, au cours des deux dernières années, si de nombreux articles de presse annonçaient le retour triomphant de la cassette, quelques-uns de l’industrie ont immédiatement classé l’affaire comme une nouvelle tendance hipster sans intérêt. Mais même s’il est vrai que le phénomène a été un peu exagéré, il s’avère que les récentes ventes de cassettes ont connu une tendance à la hausse.

Un peu plus tôt cette année, la National Audio Company, l’un des plus grands fabricants de cassettes aux États-Unis, a rapporté une augmentation significative de ses ventes depuis 2014. L’année dernière, la société a vendu pour quelque 5 millions de dollars de cassettes, soit une hausse de 31 % par rapport à l’année précédente. Cela concorde avec l’actuelle demande croissante en anciens formats média de tous types, et pas seulement dans le domaine de la musique. C’est aussi vrai dans le milieu de la photo et de l’édition.

Nehuen Mac Allister, producteur et fondateur d’un label basé à Barcelone, fait partie des musiciens à avoir surfé sur la tendance de la cassette en l’utilisant pour la première fois en novembre 2014 avec son EP Hidden Traxx. Il cherchait un support physique pour sortir l’EP avec son label Classicworks, qu’il codirige avec son homologue, le producteur Cardopusher.

« L’accueil a répondu à nos attentes. Elles se vendent, et mieux que notre version vinyle 12″ », confie Nehuen. « Nous ne tirons qu’en très petites quantités (50) pour chaque sortie parce que nous avons constaté que certaines personnes aimaient avoir l’objet physique en plus du téléchargement numérique. Pour moi, les avantages [de la cassette] sont d’apporter quelque chose de l’ordre de la concrétisation d’une sortie, de donner le choix des couleurs et du design et en plus de satisfaire les mordus ! »

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Alors, c’est quoi le truc avec les cassettes?

Nostalgie à part, auditeurs, collectionneurs et artistes sont tous ensemble séduits par la cassette parce qu’elle est rentable et qu’elle se prête à un large champ de types d’album. Les labels profitent des coûts plus bas et des temps de fabrication réduits comparés au vinyle. Pour conséquence, on trouve facilement des labels ne faisant que de la cassette partout dans le monde : Burger Records en Californie, 1080p à Vancouver et Tesla tapes au Royaume-Uni, par exemple.

Paddy Shine, fondateur de Tesla Tapes, a lancé le label en 2012 pour sortir les projets connexes de Gnod, son groupe anglais de Krautrock, de Salford au Royaume-Uni, mais celui-ci a vite conquis ses amis et d’autres musiciens. À ce jour, TT avoisine les 30 sorties d’albums, la plupart en cassette mais aussi en vinyle voire CD (un autre format que Shine dit commencer à apprécier de plus en plus). Les principaux avantages ? Les coûts peu élevés et la multitude d’opportunités d’enregistrement offertes par la cassette contrairement au vinyle. Il y a aussi une autre liberté conférée par la cassette : les C90 autorisent des formats plus longs et plus ambitieux et n’ont pas les limites d’édition imposées par les longueurs des vinyles.

« C’est pas cher, c’est cool et c’est une bonne façon d’écouter des sons et de la musique », affirme Shine. « Tout le monde peut le faire, et tout le monde est bienvenu, c’est que du bonus. Avec elle, on peut être super créatif – musicalement, mais aussi visuellement – c’est donc une excellente manière de passer son temps. Je ne suis pas certain que tous ceux qui se mettront à la cassette arriveront à en vivre, mais c’est une passion avant tout. »

Une journée internationale dédiée… Tout arrive !

Et maintenant, les cassettes ont même leur propre journée internationale de célébration. Créée en 2012, la Cassette Store Day aura lieu au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Allemagne, en France et au Japon le 8 octobre prochain. C’est pour ainsi dire une réponse de la cassette au Record Store Day, une fête annuelle consacrée aux magasins de disques indies. La différence avec la Cassette Store Day étant, comme l’a souligné son cofondateur Jen long, qu’il ne s’agit pas de célébrer les magasins mais plus de rendre hommage au format cassette lui-même. Parmi les grands noms à prévoir des sorties en cassette pour l’occasion, on compte les Pixies, les Ramones et Death Cab for Cutie.

D’autant que la cassette n’a jamais cessé d’exister dans certaines sections de l’industrie musicale. Certains genres musicaux comme le punk, la musique expérimentale ou d’ambiance ont toujours chéri le format. Mais certains rapports prouvent que le retour de la cassette a sans doute été amplifié. Par exemple, il a été dit en début d’année que la Recording Industry Association of America (RIAA) avait décidé de se remettre à étudier les ventes de cassettes suite à une explosion des ventes. Une information plus tard démentie par la RIAA, indiquant que le volume des ventes de cassettes était trop faible pour le secteur pour être prise en compte.

Alors, faut-il croire à la tendance ? Il est bien sûr possible que le grand public et les médias soient en train de redécouvrir une scène qui, jusqu’à présent, était plutôt considérée comme une niche peut-être même un peu marginale. Peut-être aussi que la renaissance de la cassette est principalement alimentée par la nostalgie d’une lointaine enfance, ou alors que c’est juste un autre exemple de résistance à la culture du numérique. Quoi qu’il en soit, des artistes comme Paddy Shine et Nehuen Mac Allister affirment que la cassette a les mêmes chances de pérennité que le vinyle.

« Je pense que ceux qui en font depuis longtemps continueront à en faire, qu’il y aura de nouveaux venus et que certains resteront pendant que d’autres iront expérimenter d’autres formats », explique Nehuen. « La bonne nouvelle, c’est que plus de personnes de l’industrie prennent conscience que quelque chose est en train de se produire et que ça lui donnera peut-être un peu plus de crédibilité. »